L'être humain, cet existant maximal.

(Multivers et réalité humaine,  § 43, page 106)

 

Il est une qualité que l’humain possède éminemment, grâce à cette singulière combinaison de matière et d’esprit qui le constitue, qui lui occasionne beaucoup d’inconfort, et précisément pour cette raison : cette qualité, c’est d’avoir atteint le summum du sentiment d'existence, le summum de l'exister, insurpassable ainsi que nous l’allons voir et démontrer au paragraphe suivant.

Or, attentifs que nous sommes à l'histoire de l'Être, nous avons compris que tel est son but : exister, et, tant qu’à faire, exister le plus qu’il soit possible. Il y parvient en s’incarnant en l'humain, cette merveille de spiritualité* qui puise néanmoins ses racines dans la matière, en ce qu’elle a de plus brut, de plus originel – lequel humain, pour cette raison, par les multiples tensions et tiraillements que cela entraîne, est bien l’existant suprême.

Car qu’est-ce qu’exister suprêmement ? Ce n’est pas seulement avoir une conscience de soi. Ainsi qu’on l’a mentionné, on tend à penser que de nombreux animaux peuvent accéder, plus ou moins approximativement, à cette faculté. Mais c’est, en prenant du recul par rapport à soi et à ce qui va de soi, s’interroger sur soi et s’étonner de soi, s’étonner de ce monde qui nous entoure, et de notre rapport à ce monde, pour finir précisément par s’étonner « qu’il existe quelque chose plutôt que rien » – un étonnement inépuisable. C’est aussi, dans une perspective temporelle, prendre conscience du temps qui passe, de l’irréversibilité de nos choix, tout en étant pressé de se décider, d’agir, parce qu’on ne peut pas tergiverser et temporiser à l’infini, parce que vient le moment où il n’est plus temps – serait-ce parce qu’un jour la mort survient et tout finira.

On pourrait dire qu’en l’humain, c’est la matière qui s’étonne de la matière, comme c’est la matière qui s’inquiète de la matière.

Pour y parvenir, il faut appartenir de plain-pied à la matière, et pourtant s’y sentir extérieur dans le même temps. C’est grâce à sa situation exceptionnelle qui le fait appartenir tout à la fois au monde de la matière et au monde de l’esprit, situation qui n’a rien de si enviable tant elle est inconfortable – il y est comme sur le fil du rasoir – que l’humain est le lieu de cet étonnement et de cette inquiétude sans doute insurpassables, donc le lieu de l’existence maximale.

Un existant maximal tel que l’humain est seul à même de faire exister l’Être le plus pleinement qu’il est possible.

La question demeure de savoir si, ailleurs que sur Terre, d’autres êtres parviennent à la même existence maximale. On y reviendra plus loin (cf. §§ 48 & 89).

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* Au sens d'exercire des fonctions de l'esprit.