Il n’est pas possible de concevoir plus existant que l’être humain. On pourra avancer l’hypothèse que grâce à  l’I. A. on pourrait concevoir un être à l'esprit démultiplié qui soit encore plus existant que l'humain actuel.  Mais Loujoz montre que les éventuels – ou probables –  transhumains à venir, quoiqu’ils surpasseront l’humain de multiples manières et en de nombreux domaines (sinon, à quoi bon le transhumain), ne seront pas plus existants que l’humain, au contraire.

 

§ 49 – I. A.

(In : Multivers et réalité humaine. §49, page 116)

 

A notre époque où l’envol de l’intelligence artificielle (I.A.), associé à celui des biotechnologies, nous laisse entrevoir des avancées fulgurantes, on pourra objecter qu’il n’est pas exclu, cette fois en dépassant les lois de la nature, qu’on puisse faire advenir un surhumain (ou transhumain), sous quelque forme que ce soit, qui sera encore plus existant que l’humain.

Est-ce bien certain ?

Ainsi que nous venons de le voir, c’est son inconfort, résultant de sa position hasardeuse entre esprit et matière, qui assure à l’humain sa spécificité d’existant suprême. Mais parce que cette situation est éprouvante, l’humain ne demande qu’à l’adoucir. Il ne demande qu’à vivre une vie plus confortable. Voici qu’il va bientôt entrer en possession d’outils et de moyens terriblement plus puissants et efficaces que ce dont il disposait jusqu’à présent, qui vont lui permettre d’apaiser ce conflit générateur d’inconfort. Ce sera pour son plus grand bonheur, sans aucun doute, car la condition humaine, telle que nous la connaissons, est dure.

Les nouveaux humains à venir, les transhumains, nos successeurs, quels qu’ils soient, qu’on envisage des humains massivement bioniques, ou, symétriquement, des robots totalement humanisés, auront tendance à s’améliorer toujours plus (sinon, à quoi bon le transhumain ?), en conséquence à se sortir de cet inconfort, générateur d’une existentialité supérieure, lequel inconfort était précisément la situation de leur prédécesseur – cet humain qui les a initialement suscités et que nous sommes. Pour cette raison, on doit conclure que ces nouveaux humains ne pourront que perdre en degré d’existentialité – en tout cas, ils n’en gagneront pas.

On peut croire à l’avènement du transhumain, peut-être dans un avenir relativement proche, mais pas au « trans-existant ». Tout au contraire, le transhumain ne pourra que perdre en degré d’existence (cf. § 54). 

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Quant à l’intelligence artificielle en tant que telle, réduite à elle-même, cette magicienne du calcul algorithmique, rien en elle ne devrait pouvoir être générateur original d’existentialité (cf. note au §100). Tout au plus parviendra-t-elle à simuler numériquement celle inhérente à l’être humain, ou, au mieux, à la plagier.