Les deux pages qui précèdent nous amènent à nous interroger sur l'éternité, que les transhumanistes avancent comme l'ultime frontière à dépasser, la quête ultime de l'humanité – et on les comprend parfaitement.

L’être humain selon Loujoz, n’est pas immortel, ou, à tout le moins, perpétuel, comme le sera le transhumain. Mais il n’en est pas moins éternel.

On a compris que l’être humain, sous peine d’être dénaturé, doit demeurer mortel. Néanmoins, il est éternel via l’idée d’éternel retour, que, selon Loujoz, les avancées cosmologiques imposent comme une certitude.

 « L’idée d’éternel retour s'érige alors en certitude. De même que le Big Bang a sorti le multivers du rayon de la science-fiction pour le ranger au rayon de la science astronomique, de même sort-il l'éternel retour du rayon des mythes pour le placer sur le rayon des sciences de la vie. Indépendamment des progrès scientifiques à venir, on peut d'ores et déjà affirmer que le Big Bang a solidement installé l'éternel retour en nécessité absolue, il en a fait une vérité qu’on pourrait dire méta-scientifique. » In : Chapitre 2, § 15 – Consécration de l’éternel retour (2) Une certitude. Page 50.

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A l’inverse du transhumain qui, dès qu’il aura atteint l’immortalité, dégringolera irrémédiablement de son statut d’existant de degré 3 pour tendre vers le plus bas degré de l’existentialité, le degré 1, l’être humain, quoique irrémédiablement mortel, demeure humain tout en étant éternel grâce à l’éternel retour.

« L’éternel retour concilie en nous, et la conscience de la temporalité, sans quoi nous n'existons pas pleinement (puisque c'est la fugacité du temps qui donne son prix à chaque moment de notre vie), et l'assurance de l’éternité, sans laquelle tout apparaît assez vain dans nos existences, puisqu’elles sont alors taraudées par cette insidieuse question que, de manière récurrente, nous nous posons tous : « à quoi bon avoir vécu, à quoi bon continuer à vivre, si tout est condamné à l’irréversible oubli ? ».

Il y a en effet ce paradoxe que « je » ne peux concevoir d’être pleinement éternel qu’en demeurant « je », mais que, pour demeurer « je », il me faut vivre une histoire, donc être soumis au temps qui passe irrémédiablement – ce qui veut dire exposé à ces deux drames que sont, l’un, l’angoisse du futur, c’est-à-dire de la disparition de ce qui est, et l’autre, la nostalgie de cela qui a disparu.

Grâce à l'éternel retour, notre histoire à chacun de nous peut être éternelle, tout en demeurant une histoire humaine, ce qui nécessite qu’elle soit précaire. L'éternel retour permet d’en finir avec le douloureux sentiment de notre inexorable finitude, tout en préservant en nous l’indispensable sentiment de la fuite du temps. C’est presque une opération magique. In Chapitre 2, § 21 – Une opération magique. Page 61.